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 Vanille rance d'un gros chou à la crème. [Trash]

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MessageSujet: Vanille rance d'un gros chou à la crème. [Trash]   Mar 22 Oct - 22:45

Les gens. Ils sont là, passent, repassent, devant ma boutique. Les clients ne sont pas nombreux par ici. C’est trop cher. Trop de luxe pour eux. Après tout, la vallée du vent, c’est un peu une poubelle. Non. Enfaite, si nous faisions du tri sélectif, on serait le papier. Recyclable, mais déjà au dernier stade de vie, le papier de toilettes. Vulgairement : PQ. Oui. C’est ça. Dans la vallée du vent, on serait le PQ. Assise dans la vitrine, les gens me regardent parfois. Je croise leurs regards et ils détournent les yeux. Ils ne sont pas fascinés ou attirés par une quelconque beauté de ma part. C’est le regard curieux de personnes qui passent devant la même vitrine tous les jours, mais se rendent compte qu’aujourd’hui, quelque chose à changer. Oui. Quelque chose. Moi. Je suis en train de refaire la décoration de mes vitrines. C’est tout. Mais les autres, nos bons petits rouleaux de PQ sont attirés par les mouvements de mes mains, rapides et habiles, avec le papier colorés, la colle, les paillettes, les rubans. Comme des chats qui seraient attirés par le mouvement d’une mouche.

Les gens. Ils m’importent peu. Moi je ne vois que le client. Le client qui se fait rare. Je me dis qu’aujourd’hui, je devrais fermer boutique et en profiter pour aller faire un tour. Cela fait longtemps, que je n’ai pas été me promener. Mais attendez. Cela ne fait pas longtemps que je suis ici. Pas si longtemps que je l’ai tué. Pas si longtemps qu’il m’a dit : Je t’aime. Il a cassé l’ordre des choses, alors j’ai cassé ce qu’il avait de plus précieux, sa vie. Je ne sais pas trop ce qu’il se serait passé si j’avais dit : Moi aussi. Avec cet air de soulagement idiot que prennent les héroïnes de séries débilisantes. Vous savez, l’air de dire : OH oui, cela fait si longtemps que je t’aime. Tu me remarques enfin. Faisons des enfants et glissons-nous dans une vie d’adultes amoureux. Vergetures, alcoolisme, envie de meurtre. Il finira par te tromper ma fille. C’est comme ça. Les hommes sont comme ça. C’est…dans l’ordre des choses.

Les gens. Ils se vêtissent tous de manière assez sombre. C’est peut-être la saison ? Moi j’ai mis une robe orange, très pop. Orange avec une ceinture qui ressert ma taille, remonte la poitrine dont je me serais bien passé. Elle est blanche, blanche comme le foulard que je porte autour du cou et mes bottines, avec les longues chaussettes qui arrivent à mi genoux. Je dérange. Je me dérange parfois moi-même. Mes tenues sont la seule chose qui sorte de l’ordinaire dans ma vie. La seule chose que je me permets, qui n’est pas forcément dans l’ordre des choses. La clef glisse dans la serrure et je fais un tour lorsque j’entends un souffle rauque et une odeur de gras m’entourer. Je plisse le nez. J’ai le nez fin. C’est rance. Ça pique. C’est une grosse femme qui essaie de cacher sa pestilence mortifère sous une tonne d’eau de cologne. Vanille de Bourbon. – Vous êtes comme une sorte de grosses pâtisseries.- Pardon ?- Je me tourne et mes yeux rencontrent les siens. C’est une grosse femme. La trentaine tout juste passée. Si jeune et déjà si seule et laide. Non. Elle n’est pas seule. Elle vit avec un mari qui va voir ailleurs…vivait. Tu es là parce-que tu l’as tué ? Mangé…je suis sûre que tu l’as mangé, ça se voit à un de tes bourrelets. – Je disais que vous me faites penser à une grosse pâtisseries à la vanille. Un choux à la crème vanillée.- Ho…merci.- Non. Ce n’est pas un compliment. Que voulez-vous ?-

Les gens. Je les déstabilise en général. Ils ne savent pas trop comment prendre ce que je dis. Mes mots gênent. Vexent parfois. Elle, elle ne semblait pas l’être. Elle m’a demandé un parfum et je lui ai dit qu’il fallait repasser. L’habitude de venir quand le vendeur va fermer ou s’apprête à ranger ses étales. Personne n’est jamais épargné. Alors je m’éloigne gentiment de ma boutique, une main sur le ventre, comme ça, mon panier remplit de quelques échantillons de parfum et de ma liste de course méthodiquement pliée dans mon porte-monnaie, pendant à mon poignet. Ma chevelure flotte au vent tandis que j’avance avec lenteur vers les rues pavées et grises de la vallée. Ce n’est pas charmant comme coin. Mais c’est un peu comme moi. Gris. Et emplit de quelque chose d’indéfinissable. La pauvreté et la crasse. Ils avaient besoins de moi. Peut-être que ce n’est pas vrai, mais si je suis là, c’est pour une raison. Je refuse de croire au hasard des choses. Le hasard ne fait pas partie de l’ordre des choses.

Les gens. Ils ne se pressent que rarement dans la rue. Ils passent et repassent, ne s’arrêtent jamais ou rarement, devant les magasins. Ils n’ont souvent pas les moyens d’aller s’acheter quelque chose. Moi je les ai, mais je ne suis pas là pour du commerce. Je suis là pour l’oisiveté. ça fait du bien parfois. Il ne faut pas le nier. Ça fait autant de bien que le regard étrange de cet homme. Il est là, assis sur le sol, une cigarette dans la main. La même que celle que je tiens entre mes doigts fins et longs, qui sentent encore les diverses essences de fleurs et autres parfums que je manipule à longueur de journée. Il ne ressemble pas aux gens.
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